BILAN DES SIX MOIS EN AFRIQUE AUSTRALE
Après avoir parcouru 20 000km de routes, de pistes, dans le sable la poussière et la tôle ondulée, monté et démonté 100 fois la tente, effectué une centaine de barbecue, revisser des dizaines de fois les équipements divers du 4x4, après avoir survécu aux lions, aux mouches tsé-tsé, au paludisme et à la bilharziose, et pire, aux transports mozambicains, nous voilà revenus, et l'heure est au bilan.
6 mois en Afrique australe, ça dépayse, c'est sûr. Certaines zones offrent des paysages tout simplement mythiques, peut-être au-delà de ce qu'on peut espérer voir un jour. Je pense à Sossusvlei, à Bazaruto ou encore à Zanzibar. La beauté de la nature s'allie parfois avec celle de scènes de vie traditionnelles, créant des images qui resteront gravées dans notre mémoire à jamais.
Comment par exemple oublier ces femmes africaines à la silhouette parfaite, magnifiquement drapées dans leur pagne aux couleurs chatoyantes, portant sur leur tête haute et fière un panier d'osier parfois délicatement soutenu par un bras fragile, riant innocemment de leur élégance ? Comment ne pas se laisser aller à la magie de les regarder s'éloigner doucement, dans une harmonie totale avec leur environnement, leurs pieds nus foulant tantôt une de plage de sable blanc, tantôt une piste de terre ocre bordée de baobabs, un coucher de soleil d'un autre monde illuminant s'il en était encore besoin ce jeux de couleurs déjà époustouflant ? Un tableau comme on en voit beaucoup d'autres, pour qui sait attendre et regarder, la beauté est souvent dans ces scènes quotidiennes et en apparence anodines.
Mais un voyage, c’est avant tout aller à la rencontre de l’autre, c’est l’échange de culture, la remise en question d’habitudes acquises ou mimées depuis son plus jeune âge et à son insu, d’un mode de vie et une façon de penser qui se sont imprégnés si profondément en nous que c’en est devenu une sorte de réflexe conditionné. En fait, les échanges ont constitué une difficulté majeure de notre voyage, pour plusieurs raisons.
Le premier obstacle à surmonter est l’énorme décalage de mode de vie et les préjugés qui nous collent à la peau - c’est le cas de le dire : difficile de faire oublier aux Noirs, en particuliers Sud-Africains et Mozambicains, que nous sommes des Blancs, « et donc des riches », à eux qui ont vécu l’Apartheid. Que l’échange ne doit pas se limiter à un transfert d’argent, à eux qui pour beaucoup n’ont pas accès aux ressources vitales de base (nourriture, eau, santé). Difficile d’échanger alors que les préoccupations paraissent si différentes, entre quelqu’un qui lutte chaque jour pour survivre, et un autre qui fait du tourisme. Difficile parfois de ne pas avoir honte de notre condition enviable.
Le deuxième obstacle est la barrière de la langue. Impossible d’apprendre les innombrables dialectes, et l’anglais n’est pas parlé en dehors des zones touristiques, là où les échanges avec les locaux sont les plus intéressants. On atteint vite des limites dans la profondeur des discussions.
Malgré tout, la magie s’opère parfois, car heureusement certaines situations n’ont nul besoin de mots pour être partagées. Vivre et voyager comme les locaux, les prendre comme guide, reste sans aucun doute le meilleur moyen de faire des rencontres. Au bilan, qu’ils soient blancs ou noirs, les Africains présentent tous un sens aigu de l’accueil et du partage, semblent naturellement chercher le contact et le dialogue, et, en fait, tout simplement, aiment à être ensemble. Leur pragmatisme est en compétition incessante avec leur flegmatisme, leur bonne humeur n’ayant d’égale que leur nonchalance.
Enfin, la contemplation de la vie sauvage, dans ces excès comme dans sa pudeur, se révèle d'une richesse extraordinaire. Parfois plus qu'une observation neutre, les interactions, souhaitées comme imposées, nous ramènent à nos peurs ancestrales sans qu'on puisse pour autant s'empêcher d'éprouver une espèce de fascination inquiétante. Quand vient la nuit on se sent si petit. Jamais nous n'oublierons cette nuit où la voiture a tangué alors qu'on s'assoupissait tièdement dans la tente de toit, ou encore les râles rauques des lions pénétrant dans notre misérable tente sur les bords de l'Olifant River. Disputer à une hyène les produits de notre barbecue ne faisait pas partie de nos attributions, pas plus que de se préparer à un corps à corps avec un babouin agressif. Regarder au fond des yeux un chimpanzé dont le regard profond respire l'intelligence constitue une expérience unique. De même que regarder un lion les yeux dans les yeux … terrifiant ; un regard jaune, puissant mais calme, simplement dangereux. L'expérience ultime : croiser un léopard - un vrai, un sauvage - au détour d'un chemin alors qu'on prend la pose pour une photo, aurait pu être la dernière de ces interactions mémorables.
La liberté que nous a offerte le 4x4 a également été une découverte pour nous. Il a permis l’accès à des zones reculées, nous ouvrant ainsi à un monde vierge qu’on explorait dans un isolement quasi-total. La nature nous livrait, à nous et à nous seuls, quelques-uns de ses secrets ; une sorte d’exclusivité, finalement. C’est la Namibie qui nous a vraiment permis de prendre toute la mesure de cette nouvelle liberté, la possibilité d’évoluer dans les lits de rivière asséchés au Kaokoland, tel que l’Hoanib, en constituant en quelque sorte l’incarnation. Le véhicule 4x4 a ainsi changé de statut pour nous, et est devenu le symbole de cette liberté… loin de l’idée qu’on s’en fait habituellement dans une grande ville !
Ces 6 mois ont tout simplement constitué l’expérience la plus extraordinaire et la plus belle que nous ayons jamais vécue. Comment peut-on hésiter à effectuer un tel voyage lorsque rien de sérieux ne nous en empêche ? Quelle erreur monumentale cela aurait été.
Merci à tous et à toutes d’avoir été si nombreux à suivre notre blog. En partageant avec vous cette exploration de la partie australe du plus vieux continent du monde, entre terre ocre, océan indien et désert majestueux, peuplée des animaux les plus dangereux de la planète et des peuples les plus accueillants, nous espérons vous avoir transmis l'émerveillement qui fut notre lot de tous les jours !
Bises à tous et à toutes,
David & Fanny
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