08/09/2013 - Rencontre avec les Bushmen

Publié par Nous, le 16 Septembre 2013

Avant de rejoindre la Namibie, on part pour un petit tour en territoire Bushmen. On a envie de découvrir davantage ce peuple ancestral - les premiers habitants de l'Afrique Australe - et son mode de vie adapté au bush africain, à ses ressources naturelles (en gros : fruits, racines, gibier) et ses dangers. En tout temps de la colonisation, ces petits hommes ont été utilisés comme éclaireurs ou pisteurs par les Blancs, démontrant des connaissances du terrain qu'aucune autre tribu n'a pu égaler.

Physionomiquement, il est très facile de reconnaître les Bushmen : outre leur petite taille, ils sont loin d'être noir de peau, plutôt métis, cheveux frisés courts, le visage sec souvent marqué de rides profondes. De plus, leurs dialectes ont tous une caractéristique commune : ils sont ponctués de claquements de la langue (les clics), très particuliers.

Persécutés par les Bantous et les Boers puis marginalisés par les colons britanniques, repoussés progressivement vers des terres de plus en plus ingrates, ils vivent aujourd'hui principalement dans le désert du Kalahari, confinés dans le seul endroit où on a bien voulu les laisser survivre. Mais ce n'est pas encore assez : le gouvernement Botswanais persiste à leur refuser le droit de vivre dans la réserve du Kalahari. Voir cet article déchirant sur la situation actuelle : http://www.survivalfrance.org/peuples/bushmen.
Traditionnellement chasseur-cueilleurs, ils sont désormais largement sédentarisés et ne seraient plus qu'environ 100 000 dans toute l'Afrique Australe. Même si la très grande majorité des Bushmen d'aujourd'hui ne vit certainement plus comme leurs ancêtres, on espère qu'ils conservent encore certaines spécificités de leur culture et leur immense connaissance du bush.


On prend donc la route d'un site communautaire indiqué dans notre guide, D'qae Qare, à environ 250 km de Maun sur la route de Ghanzi. En chemin, on passe notre première barrière vétérinaire. On ne le savait pas, mais l'ensemble du territoire du Botswana est parcouru par ces barrières qui isolent les zones d'élevage de bétail destiné à l'exportation des maladies pouvant exister d'autres zones, notamment celles où vit de la faune sauvage. Apparemment, il s'agirait d'une exigence de la communauté européenne pour que le Botswana puisse y exporter sa viande. Ainsi, outre l'obligation de passer les chaussures et les roues du 4x4 dans un bain désinfectant, il est interdit d'introduire dans une zone protégée de la viande non cuite, et parfois aussi des produits laitiers, des oeufs... Le passage de volaille est le plus souvent toléré. Toute la difficulté est de savoir où sont situées ces barrières, de quel côté est la zone protégée et quels produits sont interdits. Le plus souvent, c'est la surprise !
Manque de chance, cette fois, on entre dans une zone protégée. Pour pouvoir passer, on nous laisse le choix entre jeter notre viande ou la cuire. On venait juste de refaire nos stocks à Maun, on a au moins pour 4 repas de viande, pas question de tout jeter ! Nous voilà donc sur le bord de route, au pied d'un arbuste, la seule petite ombre des environs, à sortir le réchaud, la poêle, l'huile et les herbes et à cuire des steacks. Comme il n'est pas loin de midi, on en profite pour pique-niquer, debouts ou accroupis dans l'ombre de l'arbuste. Ca ne restera pas comme notre plus beau cadre pour manger...

Avant D'qae Qare, on s'arrête au village de D'Kar pour y visiter un musée d'art et artisanat San (autre dénomination des bushmen). D'Kar est un village de Bushmen "sédentarisés". Il est petit, poussiéreux sur cette terre aride du Kalahari, et paraît assez mort. On s'arrête à côté de l'endroit indiqué sur le GPS pour le musée. On cherche le bâtiment mais tout est fermé et aucun ne porte d'indication. Il y a à côté un atelier et une boutique d'artisanat. Fermés aussi. On revient sur nos pas, au niveau de l'épicerie du village, qui fait apparemment office de bar. On y retrouve une bonne partie des villageois. Ils viennent de jouer au football et pour clôturer leur partie, boivent un coup. Certains semblent assez alcoolisés. Voilà ce qui se passe invariablement quand on force des gens à quitter leur habitat naturel pour les obliger à se sédentariser. Cependant, ils sont courtois quand on leur demande où est le musée. Sur leurs indications, corroborées par un panneau (mais contrairement aux indications d'un autre panneau ...), on part un peu plus au fond du village. Les pistes deviennent très sableuses, et il nous faut passer en 4x4 pour éviter l'ensablement. On tombe finalement sur une église, sans doute une sorte de mission catholique qui doit aussi faire école. Mais point de musée. Et personne. On rebrousse chemin. On croise des enfants, on essaie de leur demander où est le musée, mais ils ne parlent pas anglais. Finalement, c'est un petit vieux qui nous renvoie à notre premier arrêt. Bon, on laisse tomber. Le musée devait bien être là-bas, mais fermé en ce jour de week-end.

On arrive finalement à D'qae Qare en milieu d'après-midi. La zone de camping est immense, les emplacements pas mal du tout et on est absolument seuls. Avant la tombée de la nuit, on fait un petit tour à un trou d'eau à quelques kilomètres du camping. Hormis un bel oiseau (aigle bateleur ?) qui s'envole à notre arrivée, l'endroit reste désert pendant les 30min qu'on y passe.
Le soir, on entend au loin de la musique et des chants. Un groupe de 4 touristes qui dorment dans les bungalows a demandé la prestation "danse traditionnelle" proposée par le camp, pas très authentique à notre goût - peut-être les Bushmen font-ils toujours ces danses, mais certainement pour des occasions spéciales uniquement.

08/09/2013 - Rencontre avec les Bushmen08/09/2013 - Rencontre avec les Bushmen

Le lendemain matin, on part pour une marche en brousse avec un Bushman. Sa femme nous accompagne aussi. Ils parlent bien entre eux avec des claquements de langues et d'autres bruits bizarres. Au cours de la marche, notre guide Bushman nous explique leur mode de vie de chasseur-cueilleur nomade en voie de disparition. Il détaille le nom des arbres et arbustes et leur utilité, les plantes, ce qui se mange, ce qui désaltère, comment ils pistent les animaux et comment ils les chassent, qu'est-ce qu'ils en font ensuite (genre pour la girafe, ils font des bâtons avec sa peau). Il nous donne aussi quelques informations sur les us et coutumes et nous parle un peu de leur évolution pour s'intégrer dans le Botswana d'aujourd'hui. On demande également une démonstration d'allumage du feu comme dans l'ancien temps ! Ils ont l'air d'avoir perdu un peu la main ... mais ils y arrivent en s'y mettant à deux et en 15min. En Tanzanie, lors de son voyage avec l'UCPA, David avait assisté à cette opération : 30s par un enfant d'une tribu authentique de chasseur-cueilleurs.

Un arbre important dans le bush est le "crump" : ses baies se mangent et ses feuilles annihilent le venin des serpents. Il y a aussi "tsane" dont les branches sont utilisées pour faire du feu, les racines servent en cas de diarrhée et les baies se mangent aussi. Notre guide nous montrera d'autres arbres aux noms divers. Tous ont des fonctions particulières, manger, soigner, ou encore construire les huttes, ou fabriquer le poison dont ils enduisaient le bout de leurs flèches (ils ont arrêtés, trop d'accidents nous dit notre guide ...). Les racines de certains arbustes peuvent être pressées pour boire, le pouce faisant office de bec verseur. Chaque nouvelle explication est ponctuée d'un : "this is how we survive in the bush". On a un peu du mal à retenir les noms de tous les arbres, mais ça n'est pas bien grave : ils changent dans chaque dialecte san, et il y en a plein !
Comme on est en fin de saison sèche, il n'y a aucune baie sur les arbres, notre guide ne peut malheureusement pas nous les montrer ou nous les faire goûter, et encore moins nous montrer ce qui est fait avec ensuite, une fois de retour au "village". La saison sèche est la période de la chasse. Les conditions climatiques permettent de faire sécher la viande des animaux tués pour la conserver toute l'année. Cependant, la saison "humide" (quelques gouttes, mais rien l'an dernier) avec ses baies, ses racines gorgées, etc... approche. Elle devrait arriver à la fin du mois, et déjà la végétation repart. Notre guide et surtout sa femme commencent à repérer les arbres qui seront intéressants pour la future cueillette, en fonction des petites fleurs et bourgeons qui les ornent déjà.

La marche aura été très intéressante. Il n'y manque qu'un complément avec l'aspect "village" du mode de vie San, notamment l'habitat et l'utilisation de tout ce qui est ramené du bush (produits de la cueillette, peaux, cordes tressées, outils de pierre ou de bois), que le guide nous a décrit mais que nous n'avons pas pu expérimenter. La marche, prévue pour une heure, en a duré près de 2. Notre guide était naturel et très intéressant. Il n'a pas hésité à prendre le temps pour répondre à toutes nos questions et satisfaire notre curiosité de leur culture, sans donner l'impression de suivre un "tour pour touristes". D'après ses explications, la communauté gérant le camp vit à D'Kar, et vient dans la réserve du camp de temps en temps passer quelques jours dans le bush pour y chasser et cueillir en saison. Ainsi, s'ils ne vivent plus comme leurs ancêtres, ils perpétuent tout de même en partie leurs activités et pratiques.

On quitte finalement les Bushmen, direction la Namibie, en remontant le delta de l'Okavango par l'Ouest et la région du Panhandle. Notre route traverse au moins 3 barrières vétérinaires, mais on est des habitués maintenant.

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