09/09/2013 - Tsodilo Hills : entre histoire, peintures et spiritualité

Publié par David, le 16 Septembre 2013

Notre séjour dans le Panhandle se limitera finalement à une nuit au Sepupa Swamp Camp sur les rives de l'Okavango. Nous y sommes les seuls clients. Toute l'affection du chat du camp se reporte donc sur nous, parfois avec tant de violence qu'on est même contraint de se réfugier dans la piscine froide pour échapper au félin. L'attrait principal de la région est une découverte "accessible" (financièrement, et par des routes goudronnées) de l'Okavango, à la naissance du delta, et puis aussi de villages locaux, par bateau. Cela ne nous intéresse pas plus que ça, vu qu'on a déjà fait un tour plus au cœur du delta de l'Okavango à Moremi.

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On file donc dès le matin aux Tsodilo Hills, le point culminant du Botswana (1500m, 400m environ au dessus du niveau moyen du pays). Ces collines ont été et sont encore un haut-lieu de spiritualité San du Kalahari ("les Bushmen"), et renferment plusieurs milliers de peintures rupestres San de couleur ocre, certaines très anciennes, jusqu'à 24000 ans avant Jésus-Christ, et également quelques peintures Bantu. Après la rencontre "physique" avec les Bushmen l'autre jour, ce sera l'occasion de poursuivre sur un contact plus spirituel. On y trouve aussi des signes archéologiques de présence de peuplements sur les derniers 100 000 ans. Pour ces raisons historiques et culturelles, le site est inscrit au patrimoine mondial de l'Humanité. Une très bonne piste a été aménagée permettant de rejoindre les Tsodilo Hills rapidement, mettant fin aux difficultés d'accès qui constituaient déjà autrefois un voyage initiatique à lui tout seul. Dans le monde actuel, la recherche spirituelle et le temps qu'elle nécessite n'est plus à la mode, la tendance est plutôt à la consommation rapide des biens comme de la culture. Mais malgré les efforts du monde moderne, les Tsodilo sont encore épargnées par les touristes : on est les seuls visiteurs.

Les collines ont chacune leur petit nom. Il y a Female Hill, qui abrite la plupart des peintures, Male Hill, la plus haute colline, et Child. Elles sont les lieux de repos des ancêtres et des divinités. Il est vrai qu'on ressent une certaine spiritualité qui émane de ces lieux, quand, du haut de ces apics rocailleux qui se sont élevés ici comme par magie, on contemple les plaines arides s'étendant à perte de vue, dont la platitude ne souffre alors d'aucune contrariété. Ce site a été rendu célèbre par les écrits enflammés du controversé Laurens Van der Post, qui découvrit les Tsodilo lors d'une expédition relatée dans son best-seller "Le monde perdu du Kalahari " (1958). Le Sud-Africain contribua aussi largement à porter à la connaissance du public le peuple San, présenté comme le peuple originel de l'Afrique australe, héritier de traditions ancestrales, si noble et pourtant invariablement persécuté par toutes les autres races, des noirs Bantu aux Blancs. Ces prises de conscience - en particulier chez les maîtres colonisateurs, l'expédition de VDP ayant été commandée puis diffusée par la BBC - ont été le moteur de la création de l'immense réserve CKGR (Central Kalahari Game Reserve).

Pas de chance pour nous, depuis le mois de mai de cette année, le camping a été déplacé hors du site. L'idée est d'éloigner les campeurs qui se baladaient tous seuls dans les collines, et parfois dégradaient les peintures, évidemment. Dommage pour l'ambiance, car on est plus éloignés des collines, et ce n'est plus possible (a priori ...) d'aller jouer à l'apprenti aventurier-archéologue, ce qui est quand même grisant ! On est absolument seuls au camping, il fait vraiment très chaud, près de 40°. L'avantage est que les nouvelles installations comportent douche et eau chaude, mais bon avant c'était gratuit et au pied des collines ... On décide de faire la visite en fin d'après-midi, quand la chaleur devient plus supportable.

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Le petit musée est assez intéressant, retraçant l'histoire des peuplements, la "découverte" des peintures et l'aménagement du site actuel. Une vingtaine de candidats est en train de plancher sur un examen pour une place de quelques mois dans les effectifs du parc. Il est obligatoire maintenant de prendre un guide local pour parcourir les collines : ça assure à la fois un revenu à la communauté locale, mais aussi protège les peintures du vandalisme. Dommage que les guides ne soient pas San, et d'ailleurs on sent un certain mépris de notre guide pour ce peuple.

La randonnée guidée sur Female Hill dure environ 2h et permet d'observer une quinzaine de peintures, beaucoup d'animaux, quelques formes géométriques et aussi des hommes. La plupart sont stylisées, les artistes étant souvent des sortes de chamans en transe. La guide nous montre quelques arbres, dont le marula : les fruits au sol fermentent, les animaux en raffolent et deviennent alors complètement bourrés, voire la vidéo suivante par exemple - à mourir de rire, ne manquer sous aucun prétexte http://www.wat.tv/video/animaux-bourres-marula-lol-1pmn5_2f1q3_.html (accessoirement on fabrique aussi à partir de ces fruits de l'amarula, liqueur très appréciée des touristes) ; ou encore le mongongo : les noix qu'il produit constitue un aliment très riche qu'on peut en plus stocker. Elle nous apprend qu'à l'époque, le climat du Botswana était bien moins sec et un lac s'étendait au pied des collines. La région abritait une faune et une flore plus riche dont les San vivaient. On peut aussi observer une peinture de baleine et même une de pingouin, preuve que les bushmen ont pu voyager assez loin, jusqu'aux côtes namibiennes. Pas très portés sur la confrontation, les San ont fui dans les collines à l'arrivée des Bantu, peuple d'éleveurs-cultivateurs noir. Notre guide, visiblement descendante Bantu - avec un petit côté Hottentot quand même - ne semble pas trop apprécier les Bushmen. Elle critique leur fuite devant le contact avec d'autres peuples et leur isolement, semblant attribuer le comportement des Bushmen à du dédain ou de la lâcheté.

La nuit commence à tomber avant qu'on ait complètement terminé notre tour. On saute 2-3 panneaux et on ramène notre guide en voiture au village à la sortie du parc. Les "rangers" du parc n'ont pas de véhicule et doivent faire à pied les 5km qui séparent la porte du centre tous les matins et tous les soirs ! Nos pieds aussi portent la marquent poussiéreuse de la petite randonnée ...

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Retour au camping, et hop au dodo. On entend des bruits étranges en fin de nuit, qui cessent à chaque fois que l'on bouge, mais reprennent avant qu'on puisse se rendormir. On sort chercher la source, mais rien. Peut-être cela vient-il des esprits de la colline, qu'on aurait offensé de je ne sais quel manière ! En tout cas on émerge le matin pas très frais ...

Comme on vous l'avait dit, la ballade seul dans les collines n'est pas vraiment autorisée, mais comment lutter contre notre âme d'aventurier ? On est en Afrique, bon sang, on aime la liberté d'explorer ! Bref, on dit aux guides qu'on veut juste aller voir la vue de la piste, et qu'on ne restera pas plus d'une heure. Ca passe, même s'ils n'ont pas l'air complètement convaincus ... On s'amuse à chercher nous-mêmes des peintures. C'est génial ! David en trouve plusieurs en montant un peu la colline. Il y a des drôles de singes qui essayent de nous intimider et qui sont capables de monter les falaises à une vitesse fulgurante : ce sont eux les vrais habitants des lieux. On se sent l'âme d'explorateurs !

La chaleur monte vite. On quitte le site direction la Namibie après 2-3 achats souvenirs. On tente d'acheter du gasoil à Shakawe, dernière ville avant la frontière namibienne, pour écouler nos derniers pulas ... Raté, la pompe est à sec !

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Martine P 13/02/2014 21:56

très intéressante votre incursion au pays des San, avec tous ses vestiges, ça s'imposait.